FRArt Witching Interferences. Connecting to other frequencies, creating alternative pathsInterférences sorcières : introduction

  • type: Article
  • ref: DOC.2021.213

Interférences sorcières.
Se connecter à d’autres fréquences, créer des voies alternatives

Désorceler la finance

Le collectif Désorceler la finance s’est construit en 2017 «  autour d’envies partagées de penser la relation entre finance et sorcellerie  ». C’était se placer, de façon explicite, dans les pas de l’anthropologue Jeanne Favret-Saada et des philosophes Isabelle Stengers et Philippe Pignarre qui, dans leurs œuvres respectives, ont redonné leur actualité et surtout leur fonction opératoire au vocabulaire sorcier. En se présentant par ailleurs comme «  un laboratoire sauvage de recherches expérimentales  », la structure affirmait sa nature interdisciplinaire, protéiforme, engagée dans des investigations au croisement de l’art, de l’activisme et des sciences humaines.
Le projet de recherche Interférences sorcières devait se déployer en trois volets. Le premier était conçu comme une recherche fondamentale, à la source des mots et des images que le collectif manipulait depuis deux ans au cours de ses rituels, ateliers et autres interventions publiques. Le second avait en perspective la Slow Frequency Walk – une marche collective le long de la ligne de Trading à Haute Fréquence reliant les places boursières de Londres et Francfort – et se déployait comme une série d’expériences autour de la déambulation et de la dérive dans la capitale intermédiaire de Bruxelles. Le dernier visait, en écho au second, une étude des territoires traversés par la marche, sous la forme de récoltes de données et de créations cartographiques.
Mais la pandémie a changé la donne. Elle a d’abord incité les chercheurs et chercheuses à relocaliser les enjeux. Une ligne de recherche entamée avec l’atelier Du diagramme au cosmogramme, mené à l’automne 2019 avec des étudiants et étudiantes en graphisme de l’École supérieure St-Luc (Bruxelles), a vu son périmètre d’investigation initial resserré à l’échelle de la capitale et de ses enjeux de logement.
La crise sanitaire a par ailleurs conduit le collectif à se concentrer sur les prémisses du projet. Après deux ans de pratiques de désenvoûtement, ses membres entendaient faire un pas de côté et prendre le temps de penser le vocabulaire investi sous différents formats. Une partie de la recherche s’est ainsi concentrée sur la constitution d’un Glossaire – une manière de faire provisoirement le point sur un état de l’activité autant que de produire un manuel destiné à être largement diffusé et réapproprié. Une déclinaison en a déjà été présentée à la Biennale de l’Image Possible (Liège)  ; une autre dans la revue Papier-Machine  ; d’autres suivront.
Enfin, le confinement et ses suites ayant contrarié les projets de mise en mouvement des corps à travers la marche, le support radiophonique s’est imposé comme un nouveau terrain d’enquête, un médium au sens plein (et en tout cas spirituel) du terme. Une occasion, aussi, de revenir au registre des interférences qui donnent leur nom au projet.